Chaque année, au Québec, près de 30 000 entreprises sont créées dont 92 % qui comptent moins de cinq employés. Cependant, seulement 39,4 % de ces mêmes entreprises existent encore au bout de 4 ans (source : MDEIE 2008, Taux de survie : Des nouvelles entreprises au Québec).

Selon une étude ancienne, mais toujours d’actualité, menée par Statistique Canada, ces échecs sont dus en priorité à des défaillances des entrepreneurs plutôt qu’à des facteurs externes. Les principales raisons de ces échecs ? Manque d’expérience, manque de vision et lacunes en gestion de la part de ces entrepreneurs.  Plus l’entreprise croît, plus les compétences et la vision deviennent critiques pour la survie de l’entreprise.

À moins qu’ils reconnaissent ce qu’ils ne maîtrisent pas et cherchent de l’aide, les nouveaux entrepreneurs feront face à de sérieux problèmes.

Avant de voir quelles sont les compétences à acquérir en priorité et s’il est possible de planifier leur acquisition, intéressons-nous d’abord à la vision de l’entrepreneur.

Au départ, il est important de définir sa vision, car c’est elle qui va tracer le chemin et les étapes potentielles de votre croissance. Par exemple, vous pouvez apprendre toutes les techniques pour faire une aquarelle, si vous n’avez pas d’image à réaliser en tête vous ne peindrez jamais votre tableau. C’est le parallèle avec la vision de l’entrepreneur sur son projet d’affaires et également sur lui-même : quel est son rôle dans son entreprise et dans sa vie ?

Pour construire votre vision, il vous faut donc répondre à la fameuse question : Où voulez-vous être dans 5 ou 10 ans ?

Mais, par conséquent, aussi à celles qui vont préciser votre vision. Quel est finalement votre rêve d’entrepreneur :

Atteindre le million de chiffre d’affaires ou de revenu personnel?
Être reconnu dans le milieu entrepreneuriale ou dans les médias?
Créer et posséder plusieurs entreprises?
Avoir un bureau en Europe ou en Amérique du Nord?
Ou simplement dégager un revenu suffisant pour avoir du temps et voyager?

Toutes les réponses sont bonnes puisqu’elles vous appartiennent.

Mais, par-dessus tout, la vision de l’entrepreneur doit correspondre à ses propres désirs et aspirations. Sinon, il y a un risque de démotivation et de perte d’intérêt au fil du temps. Emprisonné dans le tumulte de sa croissance et dans les multiples « bonnes » occasions et propositions, on oublie facilement ses aspirations personnelles, par exemple, travailler 90 heures par semaine, alors qu’on aurait peut-être aimé passer plus de temps en famille.

Faites l’exercice. Soyez honnête. Sachez aussi qu’une vision, cela peut évoluer ou changer avec le temps. Si l’on regarde un entrepreneur au départ sans enfant, il peut bien construire peu à peu une cellule familiale, donc, ses aspirations peuvent changer. Vous devez la revoir, et ce, régulièrement.

Une fois votre vision bien établie, imaginez l’escalier que vous voulez gravir. Tout en haut de l’escalier, posez votre vision. Chaque marche à gravir pour l’atteindre doit maintenant représenter un objectif à réaliser pour passer à l’autre marche, tel que ce qui suit :

– Objectif de montant de vente ou de marge brute
– Objectif d’embauche d’un ou plusieurs employés clés
– Acquisition de matériel spécifique
– Pénétration de nouveau marché
– Etc.

L’enchaînement de plusieurs de ces marches représente votre choix d’une option de croissance, et la logique d’actions successives pour la réaliser. Voici un exemple dans lequel certains d’entre vous se reconnaîtront peut-être :

Objectifs 

« Je suis actuellement seul et je fais 150 000 $ de vente par an.
Je veux doubler mes ventes et ma production. »

« Ma vision est de créer dans 5 ans une entreprise de 15 employés, et de
devenir un leader sur le marché québécois. »

« Plutôt que de sous-traiter, je choisis l’option
de me dégager du temps pour le faire moi même. » 

1ère marche

Je me fixe l’objectif d’atteindre les 200 000 $ de vente par an avec une marge brute de 35 %;

2ème marche

Cela sera suffisant et m’amènera à l’embauche d’une ressource administrative à temps partiel;

3ème marche

De ce fait, je gagne du temps que je consacrerai à vendre et à produire davantage.

Je vous laisse imaginer les autres marches.

Est-ce que cela vous paraît simple? Cela fonctionne je peux vous l’assurer. Il vous reste encore à faire les bons choix de croissance pour monter votre escalier. C’est là où il vous faut acquérir et/ou trouver l’expertise ainsi que l’expérience nécessaire à des décisions éclairées.

Frédéric Loprieno est directeur du département Gestion Croissance au SAJE accompagnateur d’entrepreneurs.

Image free digital photos.

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4 Responses to “Manque de vision : un facteur d’échec d’entreprise”

  1. Brigitte Allard Says:

    Merci d’avoir écrit ce billet. Je voudrais partager avec vous mon expérience sur cette question. J’ai décidé d’éviter le plus la question de 5 et 10 ans. Pourquoi ? Parce que le problème est là, dans la question trop ouverte. Une question qui permet l’évitement. Maintenant, je discute des aspirations autres que celles reliées à l’entreprise et je découvre des exemples concrets qui permettent d’outiller l’entrepreneur en termes de concept de réflexion. Grâce à mon changement d’intervention, je réussis à faire formuler une vision. Par exemple, un client remettait toujours l’exercice de vision. En discutant, j’ai découvert qu’il s’entraînait pour le marathon de Montréal. Lorsque j’ai abordé le sujet sous cet angle, on a pu discuter. Sa vision, faire le marathon de Montréal, puis celui de Boston. Sa mission : s’entraîner 3 fois par semaine selon une routine précise et ensuite 4 fois par semaine selon une routine améliorée. Bref, lorsque c’est difficile, j’ai découvert qu’il était plus productif d’aborder la question de la vision sous un angle personnel. En général, après quelques jours de réflexion: voilà, on peut parler de vision dans 5 ou 10 ans. J’espère que mon commentaire vous sera utile. Merci d’accompagner !

  2. Frederic Loprieno Says:

    Vous avez raison. Même si l’exercice de vision est indispensable dès le départ, certains entrepreneurs ne sont pas en mesure de répondre spontanément et précisément à la question « Où voulez-vous être dans 5 ou 10 ans. » Cela va dépendre beaucoup de leur profil d’entrepreneur (personnalité, type de leadership) et de leur expérience sur le terrain.

    Un entrepreneur aguerri sait généralement rapidement et clairement y répondre. Un entrepreneur qui n’a pas encore « frappé suffisamment de murs », peut voir cela comme un concept théorique ou trop académique. C’est pourquoi on pose rarement la question ainsi de but en blanc dès le début, mais on va amener l’entrepreneur à se projeter lui-même et son entreprise, après avoir fait un tour d’horizon des succès réalisés et des problématiques de croissance dans lesquelles il se trouve.

    L’exemple que vous citez, d’approcher la vision par un angle personnel, est une très bonne stratégie pour le faire. Mais le risque de cette approche peut être de tomber dans le « coaching personnel » ou le « coaching de vie ». Et vous le savez, c’est un tout autre métier que conseiller ou coach en gestion.

  3. Comment gérer une croissance inattendue | Le métier d'entrepreneur Says:

    […] son entreprise, lorsque celle-ci grossit à un rythme inattendu? Comme je l’ai expliqué dans un précédent billet, il est important de définir sa vision au départ, car c’est elle qui va tracer le chemin et les […]

  4. Yvenet DONNEVAL Says:

    Bonsoir,

    Pour moi, je trouve que c’est très important et très crucial pour un entrepreneur d’avoir dès le départ une vision claire et précise et des objectifs bien définis à atteindre. Car, ceux-la lui permettent de voir où il était, où il est et où il sera/ira dans des périodes de temps bien déterminé.

    Merci pour cette opportunité de partager mes idées sur ce thème très important.

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