Article rédigé par Yvon Rudolphe MBA fin., É.A., Adm.A
NAI Commercial, chef de division Groupe-Conseil

 

Yvon Rudolphe

Dans les différents médias, on met l’accent sur la saveur du mois qu’est la relève en entreprise. Ce problème actuel, s’il en est un lorsque bien planifié, est causé par deux dynamiques négligées par l’ensemble des acteurs, soit la démographie et le sens pratique de la responsabilisation. L’un est un fait, l’autre découle de l’ignorance et l’insouciance. Lorsque je mentionne la notion d’« actuel », c’est parce que le Québec subit un changement démographique important par le vieillissement de sa population et que le nombre de prétendants à la succession au poste de chef d’entreprise devient plus restrictif ou restreint. 

Le problème est encore plus important lorsque les statistiques démontrent que la jeunesse au Québec porte peu d’intérêt à l’entrepreneuriat. On a beau avoir de l’intérêt, mais encore faut-il  avoir le profil; car le profil entrepreneurial, est-il inné ou constitué d’acquis ? La question se pose encore…

Y a-t-il une demande pour un consultant en relève ?

La transmission d’entreprise est un processus complexe, long et laborieux. L’aspect humain est omniprésent et l’impact des émotions suite à des situations stressantes est dévastateur créant ainsi une possibilité élevée d’échec à la transmission et faillite de l’entreprise.

On peut constater l’importance d’être bien encadré pour le processus de transmission d’entreprise. Le conseiller idéal pour ce projet doit être un stratège ayant une vision plus large de l’entreprise afin de permettre, non seulement le transfert, mais aussi  la pérennité de celle-ci. Il doit donc voir le positionnement de l’entreprise dans son marché tant à l’échelle macro et micro, clients et fournisseurs, l’aspect financier et fiscal et doit voir à la bonne adéquation du capital humain avec les bons postes de l’entreprise. Il doit aussi voir à ce que le capital intellectuel suive. Dépendamment du type de gestion, il doit être perspicace et comprendre l’importance de la communication. Dans le meilleur des mondes, celui-ci devrait se doter d’une équipe de spécialistes pour couvrir les différents aspects techniques. Voilà en fait la place du conseiller et l’on ne peut nier son importance.

Mais voilà, une étude a démontré que seulement 17 % des services-conseils consommés par les PME au cours des trois dernières années ont porté sur la planification et les stratégies d’entreprise. De plus, un sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) démontre que 73 % des propriétaires d’entreprises dans un contexte de relève en entreprise avaient pour principale préoccupation la fiscalité  et qu’à peine 23 % étaient préoccupés par le processus de sélection d’une relève. On peut donc se demander si l’entrepreneur est vraiment conscient de l’importance de la relève en tant que problématique pour lui et son entreprise.

C’est un peu comme l’histoire de la grenouille qui est dans le chaudron d’eau et dont on augmente graduellement la température jusqu’à atteindre le point d’ébullition; la grenouille s’adaptant peu à peu à l’augmentation de la chaleur jusqu’à ce qu’elle meurt sans avoir tenté de se sauver.

À qui la faute?

En plus d’être souvent quelque peu mitigés sur le transfert d’entreprise, les dirigeants se nuisent à eux-mêmes. Dans son livre, toujours d’actualité  Mettre de l’ordre dans l’entreprise familiale, Yvon Perreault, professeur à l’UQAM, met en lumière quatre styles différents de transfert, soit : le monarque, le général, l’ambassadeur et, finalement, le gouverneur. Il en résume ainsi leurs façons de transférer par les expressions suivantes très colorées, propres à lui: Adieu!, À bientôt!, Bonne chance! et Débrouillez-vous!

À cet énoncé ou préambule présenté précédemment, nous pourrions mettre la faute sur le dos de ces entrepreneurs, mais il ne faut pas sauter à cette conclusion si rapidement. La société nord-américaine que nous sommes ne nous a pas permis d’avoir cette culture de transmission d’entreprise et pour la très grande partie des Québécois, l’entrepreneuriat est relativement nouveau car il date d’il y a peine 50 ans. D’autre part, nous nous sommes construits un monde de consommation et de disposition rapide. Donc pas de continuité. La responsabilité est donc collective.

On peut observer l’inefficience dans la transmission d’informations causée par une déficience d’abnégation et de transparence. L’asymétrie de l’information est évidente au sein des entreprises et du gouvernement, ce qui cause de mauvaises décisions qui ont un impact sur l’ensemble de la société.

Le conseiller en gestion doit donc servir de locomotive et être le levier de cette responsabilisation collective. Gros mandat n’est-ce pas? En effet : lorsqu’une personne a l’information, il est de son devoir de la transmettre. Heureusement, nous ne serons pas comparés au célèbre Don Quichotte de la Mancha, car c’est un fait, il y a un problème et le conseiller en management pourrait s’avérer comme faisant partie de la solution. Il n’a qu’à croire réellement en sa mission.

« Le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage. » Montaigne, essais

Yvon Rudolphe est membre du RCMQ et de sa Communauté de pratique Relève et Transfert d’entreprise , partenaire du SAJE accompagnateur d’entrepreneurs

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