Connaissez-vous le commons-based peer production ? Wikipedia en est un exemple car c’est une plateforme de connaissance collectivement nourrie et partagée. Plus largement, c’est un mode de production ouvert (accès à la participation), transparent (accès à l’information), décentralisé (allocation de ressources) et horizontal (gouvernance), impliquant un grand nombre d’acteurs qui utilisent l’Internet pour se coordonner. Les acteurs qui participent au projet sont parfaitement autonomes et collaborent ensemble pour trouver des solutions à un problème donné. Pour en savoir plus sur le fonctionnement, nous avons interrogé Tiberius Brastaviceanu, entrepreneur accompagné par le SAJE, et co-fondateur de Tactus Scientific qui a utilisé ce modèle pour le réseau de valeur SENSORICA.

Rappelons que Tactus Scientific est le grand gagnant du Concours québécois en entrepreneuriat de 2012 dans la catégorie Recherche et développement.

Pourquoi, avez-vous ouvert votre technologie au lieu de la développer dans le secret?

En 2010, il est devenu clair pour moi qu’Internet allait changer l’économie de manière fondamentale pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le mouvement international p2p a pris son envol durant cette période. Nous avons aussi vu émerger des éléments d’une nouvelle économie, comme les monnaies alternatives ou encore le développement de nouveaux modèles d’affaires basées sur l’open source, soit qui propose des logiciels libres d’être utilisés et modifiés. Mais aucune initiative ne faisait le pas déterminant dans l’économie peer to peer (basée sur le partage). Alors, il était tout à fait logique pour moi de prendre notre nouveau prototype comme prétexte pour expérimenter ce modèle.

Cela n’a pas été facile, car je devais convaincre mes partenaires et collaborateurs initiaux de suivre le même chemin.

Quelles sont les difficultés rencontrées en gérant ce type d’écosystème et ses intervenants?

Plusieurs difficultés apparaissent à différentes étapes de développement.

Au démarrage, il faut s’assurer que tous les intervenants s’entendent sur les principes de base : ouverture (accès à la participation), transparence (accès à l’information) et licence des produits (protection de la recette et les droits commerciaux).

Plus tard, les problèmes sont du même type que ceux rencontrés par toutes entreprises en démarrage, mais dans notre cas, ces problèmes sont amplifiés. L’accès au financement de démarrage devient plus difficile, car les institutions actuelles ne reconnaissent pas ce modèle, et ne croient pas encore que l’innovation ouverte puisse être économiquement viable. Sans financement initial, il est difficile d’avoir accès à d’autres ressources, comme un espace, des outils de travail et de l’équipement, etc. Nous avons dû mettre en place des astuces ingénieuses pour avoir accès à du financement en créant Tactus Scientific Inc. pour représenter les intérêts des membres de SENSORICA.

Pour la croissance du réseau, il faut mettre en place des nouvelles méthodes de recrutement. Tant et aussi longtemps que le projet ne génère pas de revenus, il est difficile d’attirer des gens avec des compétences rares. Le recrutement doit porter en grande partie sur des motivations intrinsèques, et sur une promesse de revenu basée sur la contribution.

Comment les intervenants au niveau de l’écosystème sont rémunérés?

La notion du salaire n’existe pas dans le réseau de valeur. Nous sommes dans une logique de gestion de la valeur (rémunérer en fonction de la valeur créée), non pas de gestion de temps (payer un salaire a l’heure et s’assurer que l’employé fait bien son travail pendant ce temps). Les membres du réseau investissent (partage de risque!) dans les projets avec leur temps, en faisant des contributions matérielles, financières, ou en utilisant leur capital social. Leur contribution est transformée en équité, qui est par la suite utilisée pour redistribuer les revenus.

qu’aussitôt qu’une somme d’argent entre, elle doit immédiatement être distribuée à ses membres, selon l’équation de la valeur. Les sources de revenus sont : financement (bourse), crowdfunding, revenus des ventes.

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui se prévoient de se lancer dans ce genre de projet?

La vie sera beaucoup plus facile dans un avenir proche. L’économie p2p est l’avenir. Elle vous permet d’aborder des projets complexes plus rapidement, tout en réduisant les coûts en argent d’au moins 80% (voir photo ci-bas du projet Mosquito, qui montre que 84.7% du coût total représente le temps).

Des méthodes efficaces de coordination doivent être mises en place surtout quand le projet commence à prendre de l’ampleur!

Un autre conseil, la culture du p2p doit être installée assez rapidement. SENSORICA a toujours des problèmes à ce niveau. Le taux de croissance du réseau dépendra du temps de l’installation de la culture.

MÀJ 13 novembre 2013 : Tibérius a eu l’honneur de présenter le concept lors de la prestigieuse conférence TED qui a eu lieu à Montréal le 14 septembre. Voici la vidéo de son passage :

Merci à Tibérius Brastaviceanu et à Selmen Horchani, son conseiller. Pour en savoir plus sur SENSORICA : l’article « Restructuring » raconte une partie de leur histoire et illustre bien les tensions initiales. Cet autre article montre aussi les mêmes difficultés. 

Image de Renjith Krishnan sur Free digital photos

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