Les bijoux Anne-Marie Chagnon sont faits d’étain ciselé, de verre diaphane, de résine lumineuse et d’or somptueux. Des éloges à la liberté conçus pour les femmes indépendantes d’esprit. C’est de cette façon qu’Anne-Marie décrit ses créations, assise dans son grand bureau-atelier, au milieu de toiles, d’accessoires de peintures et de matériaux de création de bijoux.

Avec son frère David, directeur général depuis 2009, elle gère aujourd’hui une compagnie florissante qui va à contre-courant des tendances globales. En effet, le nombre de manufacturiers locaux est en déclin, les entreprises canadiennes choisissant majoritairement de produire à l’étranger pour augmenter leurs marges de profit. Bien avant la tendance des produits locaux, l’artiste bijoutière établissait la production locale et la relation avec la communauté comme base de son modèle d’affaire. Aujourd’hui, le siège social, l’atelier et son espace boutique sont situés dans un studio de la rue Casgrain en plein Mile-End, à Montréal.

Sachant utiliser la fabrication locale comme un avantage concurrentiel, Anne-Marie et David choisissent de mettre de l’avant la qualité de la fabrication ainsi que la rapidité d’adaptation et de réponse. Ils réussissent à produire plus de modèles en plus petite quantité, à offrir plus de choix de couleurs et à livrer plus rapidement que les concurrents qui font assembler en Asie.

Investir pour répondre à la demande

Anne-Marie a commencé à créer des bijoux et à les vendre alors qu’elle était encore aux études: « Dès l’âge de 19 ans, j’avais embauché une amie qui m’aidait avec l’assemblage des bijoux. Puis, lorsqu’il est devenu nécessaire de fabriquer des moules, pour augmenter ma capacité de production, mon père m’a donné 1000 $. L’investissement, les embauches et l’achat de matériaux sont toujours venus par nécessité. »

La production a augmenté grâce à des contrats avec des clients importants tels Le Cirque du Soleil qui lui confiera en 2003 la création de bijoux exclusifs pour le spectacle Zumanity, à Las Vegas. À partir de ce moment, et pendant une décennie, Anne-Marie Chagnon a signé chaque année une collection exclusive au Cirque du Soleil, offerte dans les boutiques de l’institution partout dans le monde et en ligne.

David ajoute : « Depuis mon arrivée, notre plus grand défi a été de structurer une équipe pour professionnaliser les opérations. Évidemment, avec des clients comme Le Cirque du Soleil et plusieurs distributeurs majeurs partout dans le monde, nous n’avions pas le choix de produire des catalogues périodiquement et d’avoir un minimum de modèles en inventaire. Nous produisons toujours sur demande, mais avons une réserve tampon de la collection actuelle pour répondre aux demandes ponctuelles. Nous avons donc mis en œuvre, à l’aide de gens qualifiés, un progiciel de gestion intégré (ERP) pour faire le suivi de l’inventaire et le contrôle de la qualité. »

Avec son expérience de gestionnaire, au sein d’une autre PME, d’une grande compagnie et de par sa formation au MBA, David était la personne toute indiquée pour épauler sa sœur à la tête de l’entreprise, maintenant une entreprise familiale. Sa vision particulière contribue aussi au succès de l’entreprise. « Une entreprise est une micro société. Nous nous assurons que nos employés soient épanouis dans leur travail, qu’ils sentent qu’ils ont de l’influence dans l’entreprise, des horaires flexibles et autres avantages. Nous prenons soins de notre monde et ça fait notre succès à tous. L’organisation est aussi un acteur social qui se doit d’être responsable, autant avec les membres du personnel que pour le reste de la société. Appuyer des causes fait aussi la fierté de notre équipe. »

Des organismes de charité organisent des soirées-bénéfices à même l’espace boutique de l’atelier pour amasser des fonds à partir des profits de la vente de bijoux. Par exemple, grâce à des collections-bénéfices spéciale comme Les bijoux porteurs d’espoir, Anne-Marie Chagnon a versé plus de 60 000 $ à l’Institut du cancer de Montréal pour la recherche sur le cancer de l’ovaire.

Gérer la croissance

C’est par l’entremise du Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ) que les frangins ont rencontré leur conseiller SAJE, André Menand. Avec lui, ils ont pu mettre en perspective certaines de leurs idées et attentes: « Anne-Marie et David parlaient de lancer une deuxième gamme de bijoux: uniques et plus dispendieux. Pénétrer un marché haut de gamme, avec une marque déjà connue pour un autre marché, peut s’avérer ardu et nécessiter autant d’effort que de lancer une nouvelle compagnie. Ça nécessite parfois de changer de nom et d’investir en publicité. »Anne-Marie et David ont donc plutôt entrepris de tester en douceur, le marché haut de gamme avec des créations fabriquées avec des matériaux plus rares. Ils ont pris la décision de ne pas lancer de gamme complète, mais de proposer cette option à quelques clients particuliers. C’est une avenue rentable qui permet à Anne-Marie de s’amuser avec des matériaux trop uniques pour la gamme régulière de la marque.

À propos des conseils reçus au SAJE, David ajoute: « André nous a aussi exposé au concept de la Roue de la croissance. Nous étions à l’étape où nous répondions OUI à toutes demandes de tous types de clients, sous prétexte que nous étions en développement d’affaires. Si cette étape s’éternise, ça peut devenir très couteux! Vouloir offrir tous les modèles dans toutes les couleurs et vouloir plaire à tous les marchés, c’est risqué. André nous a aidés à être plus sélectifs pour déterminer quel le marché pour lequel il valait la peine d’investir (temps et argent), et à trouver des manières toujours plus novatrices de servir nos clients. »

Anne-Marie avoue qu’elle a été soulagée de constater que chaque palier de la Roue de la croissance apporte son lot de défis: « Quand j’ai demandé à David de se joindre à moi à la tête de l’entreprise, j’avais l’espoir qu’il règlerait tous mes problèmes! J’ai vite constaté, en me comparant à d’autres propriétaires d’entreprises, qu’on ne peut jamais être en mode pilote automatique puisque l’entreprise évolue. Quand nous avons pénétré de manière durable un marché, nous devons relever des défis pour répondre aux demandes du prochain marché envisagé. On doit rester conscients de où l’on se situe et prévoir la prochaine étape de croissance. »

Après 20 ans d’activité, l’entreprise a plus que jamais le vent dans les voiles.

 

 

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